La maman que je ne suis pas

Bad mom

On parle souvent de famille. C’est d’ailleurs l’un de mes sujets favoris.

Devenir parent est un événement merveilleux. Mais cela reste un choix que de nombreuses femmes ont fait…. ou pas !

Et le choix de ne pas devenir parent est  un choix souvent mal vu par la société. Dans l’esprit de très nombreuses personnes, devenir maman = réussir sa vie.

Or, il existe 1001 façons de réussir sa vie.

J’ai rencontré Aude, une jeune femme française à qui tout réussit. Et pourtant… elle n’est pas maman.

Un choix qu’elle assume et qu’elle revendique même.

Une jeune femme comme une autre

Aude est âgée d’une trentaine d’années. Elle vit dans le nord de la France près de Lille. Elle travaille également dans la région.

Je suis heureuse. J’ai un boulot qui me plait et un petit appartement. Je me sens comblée même si je n’ai pas fait les mêmes choix que mes amies.

En effet, Aude est locataire de son appartement.

On me demande très souvent si je suis propriétaire. Déjà, pourquoi cette question ? Je vis à un endroit. Pourquoi demander aux autres s’ils sont propriétaires ? En quoi cet élément est-il important ? Cela signifierait que j’ai plus ou moins d’argent ?

Et oui, dans l’esprit collectif, devenir propriétaire est signe d’accomplissement et d’investissement à long terme. Nombreux sont ceux et celles qui pensent que acquérir un bien immobilier rime avec stabilité. 

Aude se sent régulièrement perçue comme une femme instable ou qui refuse de s’engager.

Je comprends que devenir propriétaire représente plusieurs choses dont l’investissement. Personnellement je n’ai jamais eu de coup de cœur pour une maison ou un appartement. Et je ne souhaite pas investir dans un bien qui me paraisse commun, banal, sans âme. J’ai 30 ans oui, ma capacité de remboursement diminue oui, mais ce n’est pas grave. Correspondre à la notion de rentabilité d’une banque ne m’intéresse pas.

Elle accepte de se tourner vers un bien plus petit selon ses moyens et son âge. Un studio. Voire une petite maison à la campagne. Quand elle en ressentira le besoin. Ou encore, quand elle aura ce coup de cœur. 

Par ailleurs, Aude est célibataire. Elle souhaite donc ne pas se fixer géographiquement tant qu’elle n’est pas certaine d’y passer plusieurs années, voire le reste de sa vie. Elle laisse la porte ouverte à un déménagement avec l’homme qu’elle rencontrera. Consciente que son futur partenaire aura peut-être des enfants, une maison ou encore un boulot qui ne lui permettra pas de déménager aisément.

Je rencontre des hommes parfois, il m’arrive de ne passer qu’une seule nuit avec l’un d’entre eux, ou plusieurs mois. Cela dépend du feeling, de l’instant présent, de nos émotions et sentiments à chacun. Mais je ne me mets aucune pression. Je vis seule, je m’assume. Je ne dois rien à personne et la solitude ne me fait pas peur.

Locataire, célibataire, Aude est une femme comme une autre, oui . Epanouie, heureuse et bien dans sa peau.

La différence ?

Aucune différence. Pourquoi devrait-il y avoir une différence ?

Très souvent, les gens cherchent dans mon enfance ce qui a pu clocher. Ils me posent des questions sur mes parents ou mes frères. Non… Je n’ai pas été maltraitée ni mal aimée. Cadette d’une famille de 3 enfants, j’ai joué avec mes frères, grandi dans un équilibre familial et dans un environnement sain. Pourquoi vouloir trouver des excuses ou justifier mon choix par une enfance difficile ?

Lorsqu’elle a 16 ans, Aude vit la séparation de ses parents comme un choc. Triste de les voir se déchirer, l’adolescente se replie sur elle-même et garde sa souffrance pour elle.

Mes parents n’avaient pas l’habitude de parler sentiments et émotions. Mes frères non plus. Si bien que j’ai moi-même enfoui beaucoup de choses au fond de moi. Mais qui vit une vie parfaite ? Oui, j’ai souffert du divorce de mes parents. Oui, j’ai eu des doutes en grandissant, des craintes, des complexes. Qui n’en a pas ?

Ces craintes et ces complexes, Aude refuse de les subir toute sa vie. Elle avance dans son cursus universitaire à Lille, en communication et marketing, vit ses premiers émois, sort le soir avec ses copines.

Si certaines personnes font le choix de ne pas avoir d’enfant en raison d’un passé douloureux, Aude revendique ce même choix en étant pleinement heureuse et épanouie. Elle refuse de laisser penser que cette décision serait liée à une enfance triste. 

Je n’ai pas été malheureuse quand j’étais petite. Il faut cesser de penser que tous ceux qui vivent un drame dans leur enfance n’auront pas d’enfant. Et que ceux qui sont heureux doivent devenir parent. Non. Les stéréotypes et les cases, très peu pour moi !

Certaines personnes me disent que je changerai d’avis, que je n’ai pas rencontré de partenaire stable avec qui fonder une famille, que j’ai tout le temps devant moi. Je ne veux pas me braquer, ni dans un sens ni dans l’autre.

Mais avoir 30 ans, ne pas être en couple, ne pas être propriétaire et ne pas avoir de projet d’enfant, Aude réalise que ça dérange. Les questions, les remarques : tu regretteras un jour de ne pas avoir eu d’enfant… Tu vieilliras seule… Tu ne sais pas ce que tu rates… 

On ne choisit pas en un jour de ne pas avoir d’enfant. C’est le temps qui passe, les évidences qui s’imposent. Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant: je n’aurai jamais d’enfant. C’est simplement le constat de ma vie et de mes projets qui me mènent à cela pour l’instant. J’achèterai peut-être une maison un jour, selon mes moyens, selon mes coups de cœur, selon mes envies, lorsque j’en ressentirai le besoin, et non pas parce que j’ai 30 ou 40 ans.

Il en va de même pour un bébé. Si un jour… mais en attendant, je me sens bien seule, sans responsabilité supplémentaire que mon boulot et mon loyer. Et vivre ma vie et mes passions.  Je n’envie pas mes amies qui deviennent maman. Je n’envie pas leur vie de famille même si j’adore leurs enfants. J’ai ma propre stabilité, différente de la leur. 

Ne se reconnaissant pas dans le syndrome de Peter Pan ni dans la fuite de responsabilités, Aude admet qu’elle préfère vivre pour voyager, profiter, exercer son métier dans la pub et le marketing, et sa passion, la photographie.

D’autre part, elle craint de voir grandir un enfant dans un monde aussi détruit. 

Je laisse la maternité à ceux et celles qui ont cet instinct. Personnellement, je ne me sens pas capable d’éduquer un enfant dans ce champ de ruines. Je préfère laisser cette tâche aux personnes qui en sont capables. 

Par ailleurs, l’avenir sans être maman, sans enfant, ne lui fait pas peur. 

Je ne crois pas que vieillir sans enfant signifie vieillir seule. J’espère que je vieillirai en couple, avec des amis et entourée de mes neveux, nièces, cousins, collègues… Peut-être qu’un jour, je regarderai en arrière, j’aurai le regret ou le goût amer de ne pas être devenue maman. Peut-être… ou peut-être pas.

Merci !

Merci Aude pour ta sincérité et ta bonne humeur. 

C’est un sujet tabou pour une femme ce choix de ne pas devenir maman. Je vous parle tabou dans cet article. J’avais tenté à plusieurs reprises de contacter des personnes refusant un mode de vie « classique » impliquant crédit immobilier, parentalité et CDI. 

Je remercie donc Aude pour ses réponses et ses confidences.

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Fabrice
5 mois il y a

Chouette article ! Et chouette plume 😉

Mel B
5 mois il y a

Toujours un plaisir de te lire :). Et personnellement, je me reconnais dans les personnes qui trouvent « étrange » le fait de ne pas vouloir d’enfant. Je ne juge pas leur choix pour autant. Mais il est vrai qu’il m’arrive, malgré moi, de poser parfois des questions peut être blessantes aux personnes qui me disent avoir fait ce choix

Marcel S.
5 mois il y a

Sujet très intéressant et encore une fois traité comme il se doit sans jugement ni préjugés … Quel talent … !

Sabrina G.
5 mois il y a

Et oui, il en faut du courage pour assumer ses choix et sa façon de vivre « différente ». Qui pourtant ne regarde personne d’autre que soi même… C’est triste et d’un autre côté, la société évolue constamment. Soyons acteurs de ce changement !

Céline Bernard
2 mois il y a

Bel article… Bravo à ceux et celles qui libèrent leur parole 🙂

Marie Damas
12 jours il y a

Des témoignages importants pour que chacun puisse vivre libre et sans être jugé !!

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