Multi Portraits : Globe Trotteurs : Lucio

japon

Il y a quelques jours, je vous parlais d’un projet d’articles concernant ceux et celles qui partent vivre et travailler loin de leur pays d’origine. 

J’ai commencé par vous parler d’Hélène, une jeune trentenaire déterminée partie en Angleterre. 

A présent, je vous présente Lucio.

 

 

Lucio est né en Belgique dans la province de Namur. Il a grandi en famille, entouré d’un grand frère et d’une petite sœur. 

Dès son plus jeune âge, il voyagea en Italie avec sa famille, ses deux parents étant d’origine italienne. Les vacances se déroulaient en deux temps: une première partie qui se passait auprès de la famille et une seconde partie à la mer ou en ville, pour découvrir à 5 ce beau pays.

Dès l’enfance, il rêva de vivre à l’étranger, un projet qu’il prit le temps de mûrir. Un projet flou qui resterait peut-être au stade du fantasme.

C’est vers l’âge de 20 ans qu’il décida de visiter d’autres pays, l’occasion de se rendre compte que l’anglais est la première langue pour voyager.

Il se lança dans des cours autodidacte pour améliorer sa connaissance de l’anglais acquise jusqu’alors à l’école uniquement.

Dans son souhait de voyager, il visita à 3 reprises le Japon, un pays qu’il découvrit avec émerveillement et dont il tomba finalement amoureux.

Alors que le jeune homme entrait dans la trentaine, il ressentit un besoin de dépaysement total. Inscrit préalablement sur des sites pour rencontrer des correspondants au Japon, papoter avec eux, apprendre leur langue, il décida de partir pour une nouvelle aventure avec le souhait de découvrir ce nouvel horizon.

 

Un nouveau pays, un nouveau départ

La préparation de son voyage dura plusieurs années. Il partait avec pour seul document officiel un visa d’étudiant qui lui permettait de rester 1 an sur le territoire. Il disposait donc d’une seule année pour trouver un emploi en vue d’obtenir un visa de travail. 

Dès son arrivée, il suivit des cours de japonais la semaine et découvrit la ville et le pays le reste du temps. Il  retrouva certains correspondants sur place mais rencontra aussi de nouveaux visages.

Tout lui paraissait neuf: la langue, l’écriture, la nourriture, la culture, les codes de politesse:

“Les deux premières années passées au Japon furent les plus intéressantes. Le principal obstacle que j’ai rencontré, et que je rencontre encore actuellement, est la communication. Peu de personnes parlent anglais et encore moins français. Vivre dans ce pays où il est impossible de se faire comprendre, où on ne comprend rien du tout, est très perturbant. De plus, l’alphabet est totalement différent. S’installer et remplir les documents administratifs (ouverture de compte, acheter un téléphone portable, louer un appartement…) sans l’aide d’amis ou de connaissances est donc impossible.”

Les tout premiers souvenirs que Lucio garde en mémoire sont positifs: des personnes merveilleuses rencontrées en arrivant, les magnifiques paysages, les premiers progrès en japonais et en autonomie…

 

Une vie différente….

Sur place, Lucio ressent néanmoins qu’il est considéré comme un étranger. Le Japon n’étant pas un pays ouvert à l’immigration, les mentalités sont encore fermées et certains comportements lui font ressentir qu’il ne sera pas traité d’égal à égal avec un japonais. 

Notamment, l’octroi d’un visa de travail est très stricte. Il n’est délivré généralement que pour un métier en pénurie ou pour des postes requérant des qualifications spéciales. 

Il faut également être soutenu par son employeur et que celui-ci se porte garant. Un visa de touriste ne permettrait donc pas de venir sur place et de trouver du travail au pied levé.

Pour sa part, Lucio a commencé avec un job d’étudiant dans un restaurant italien. 

“Je suis allé manger dans ce restaurant par hasard. J’ai fait la connaissance du gérant, étant moi-même italien et on a commencé à discuter. Il m’a proposé un essai à mi-temps dès le lendemain.”

Peu de temps après, il fit la connaissance d’un français installé dans une chambre voisine à la sienne. Ils devinrent bons amis. Étant à Tokyo depuis plusieurs années, ce nouvel ami travaillait déjà en tant que professeur de français dans une école de langue. Le hasard fit qu’ils cherchaient un professeur et que Lucio fut présenté et, par la suite, engagé et sponsorisé pour l’obtention de son visa de travail.

Et, depuis son arrivée au Japon, cette nouvelle vie paraît au jeune homme bien différente en plusieurs points que la vie qu’il menait en Belgique.

“L’éducation parentale est différente ici mais aussi l’éducation scolaire. Les enfants sont vite responsabilisés.”

En effet, ils prennent le bus ou le métro dès l’âge de 6 ans et se rendent seuls à l’école. Ils font également certaines courses pour leurs parents. 

“A l’école, le respect du matériel, de l’environnement et de la nature est enseigné. Outre cela, le sentiment d’appartenance à un groupe est aussi très important. Ils portent l’uniforme dans bon nombre d’écoles ce qui renforce ce sentiment. Le groupe est mis en avant: travailler pour le groupe, réussir ensemble mais aussi échouer ensemble.”

Comme le sentiment d’appartenir à un groupe, le système hiérarchique est aussi très important, à travers, en autres, les formules de politesse à utiliser. Le langage employé change en fonction des personnes à qui l’on s’adresse. Il est donc essentiel de connaître l’âge et la fonction de la personne à qui on parle. Cela complique les interactions avec les autres.

En plus de cela, Lucio note les traditions encore présentes au Japon dans la vie quotidienne. Il s’agit d’un pays dont l’histoire est longue et importante aux yeux des habitants. Il s’est ouvert à l’international en 1854 seulement. Une partie du pays s’est rapidement modernisée alors que de nombreuses coutumes sont restées anciennes, voire archaïques.

Pour reprendre les mots de Lucio: cela donne un drôle de mélange. 

Et, si en Europe depuis le covid nous avons dû cesser de se faire la bise et limiter tout contact physique, au Japon cela s’appliquait déjà avant les mesures sanitaires. 

 

Le confinement au Japon

Lucio m’explique que là-bas, les autorités ne pouvaient légalement pas imposer un confinement ni instaurer de couvre-feu. Il s’agissait de recommandations que la population choisit de suivre en grand majorité.

 

Liens familiaux

Lucio continue de contacter très régulièrement sa famille restée en Belgique ou en Italie ainsi que certains amis.

A cause de la crise sanitaire en Europe, il n’a pas pu revenir depuis bientôt 2 ans. 

Aujourd’hui, le jeune homme vit en couple. Construire une famille est un projet qui lui tient à cœur. Il souhaiterait aussi inscrire ses enfants dans une école internationale afin de leur offrir une éducation en deux langues. Cela permet, selon lui, une ouverture d’esprit plus large, un goût pour la culture et un avantage important sur le marché du travail. 

Conscient de la difficulté des allers/retours en Belgique, il sait qu’il faudra trouver différentes façons de maintenir les liens entre ses futurs enfants et sa famille belge.

 

Et si c’était à refaire ?

Parmi les points positifs qu’il retient, Lucio cite notamment la sécurité qu’il ressent par rapport à la criminalité, le respect de l’environnement et du matériel, et l’efficacité des transports en commun.

Des points négatifs du coup ? L’insécurité par rapport aux catastrophes naturelles plus importantes qu’en Belgique ou en France, le nombre d’heures de travail aussi plus important, et le manque de souplesse dans la façon d’agir et de penser.

“L’humour et le côté sympa des belges me manquent un peu ;), mais aussi les sucreries, le chocolat et les frites belges !”

Mais si c’était à refaire, il repartirait oui !

Pour vivre son rêve, découvrir d’autres milieux que ceux où on grandit.

Un conseil pour ceux qui y songent ?

“Partir en vacances dans un autre pays et y vivre, ce sont deux choses très différentes. Il faut bien préparer son projet, être conscient que ce ne sera pas facile. Oublier ce qu’on croit être “normal”. Accepter les coutumes d’un pays et les respecter devrait aider à s’intégrer.” 

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14 jours il y a

Super présentation de Lucio, j’aime beaucoup ce genre de témoignage d’expat’!

Emilie R
14 jours il y a

Oh super portrait ! Pour ceux qui hésitent… osons ! Osons vivre notre vie !

Lisa Tellier
12 jours il y a

Ca c’est du nouveau départ ! Je suis admirative de ceux qui osent le changement… bravo jeune homme !

Aurélie Bernard
11 jours il y a

Beau portrait ! Qui donne envie de prendre le large :). Avec des enfants nés en banlieue ça serait plus compliqué. Mais on est d’accord que nous sommes, nous mêmes, nos propres limites !

11 jours il y a

quel joli portrait, c’est pas facile de ds’adapter aux autres cultures et coutumes mais c’est cool de visiter, de découvrir et de partager !

11 jours il y a

Très intéressant ce portrait. Bravo à Lucio d’avoir décidé de vivre ses rêves !

Marcel
5 jours il y a

Chouette portrait, l’expérience de Lucio est si bien retranscrit qu’elle donne presque l’envie de le rejoindre … 👍👏

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