Multi Portraits : la peur de l’abandon

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En psychanalyse, on parle du syndrome de l’abandon ou d’abandonnisme.

En avez-vous déjà entendu parler ?

Il s’agit d’un état psychologique de sentiment d’insécurité permanente lié à une peur irrationnelle d’être abandonné.

De façon plus large, on peut aussi parler de l’angoisse de l’abandon mais aussi de l’angoisse de perte d’un objet, tel que le définit Sigmund Freud.

 

Définition

Selon Freud, le nourrisson n’est pas en mesure de faire la différence entre absence temporaire ou perte durable de l’objet.

René Spitz a été l’un des premiers à théoriser ce type d’angoisse, à partir de l’observation d’enfants ayant été séparés précocement de leur mère et qui développaient ce qu’il appelait une dépression anaclitique (détresse chez l’enfant qui a déjà connu un lien d’attachement (entre 6 et 12 mois) et qui, lorsqu’il est séparé de sa mère, connaît une dépression).

Dans notre société actuelle

Outre les théories de Freud et autres psychanalystes, penchons-nous sur cette angoisse au sein de la société actuelle.

Il s’agit principalement d’un sentiment d’insécurité permanent qui résulte d’un traumatisme (même minime) survenu dans l’enfance ou à tout autre moment de la vie d’une personne.

Le bébé ou l’enfant, ou encore l’adolescent ou l’adulte, vit une situation où il se sent abandonné. Freud fait le lien avec la mère. Les psychologues aujourd’hui s’accordent pour confirmer que l’acte d’abandon peut être posé par les parents mais aussi par un ami, un collègue, …

Cette angoisse d’abandon peut donc impacter toute relation amoureuse, mais aussi toute relation affectueuse, fraternelle ou encore professionnelle.

 

Conséquences au quotidien

Peur de la solitude

Ceux et celles qui souffrent de ce type de syndrome redoutent la solitude.

Etre seul crée une forte anxiété pouvant mener à des crises d’angoisses (pleurs, tremblements, discours incohérents, sueurs, bouffées de chaleur et forte anxiété…).

Pour pallier cette angoisse, certains sombrent dans l’alcool ou trouvent refuge dans la nourriture. Ces compensations leurs donnent la sensation de combler un manque affectif.

Des relations difficiles

Ce syndrome peut compliquer les relations des personnes qui en souffrent, voire même les rendre toxiques.

Cette peur de l’abandon crée un déséquilibre au sein de toute relation, qu’elle soit amoureuse, familiale, affectueuse, professionnelle… La personne souffrant de cette peur ne peut envisager sa vie sans l’autre, parfois jusqu’à ne plus pouvoir se passer de l’avis ou du consentement de l’autre.

Cette personne craint de souffrir en étant abandonnée et doit donc prouver chaque jour qu’elle est digne d’être estimée et aimée. Ses efforts iront toujours plus loin jusqu’à frôler la perfection.

Cette perfection étant (trop) lourde à assumer dans le temps, elle crée à son tour un sentiment de déception de soi, d’insuffisance, déjà trop ancré.

Ceux et celles qui souffrent de ce syndrome sont alors des proies faciles pour les manipulateurs.

Syndromes hypocondriaques

L’hypocondrie est un moyen inconscient pour obliger l’autre (ami, famille, conjoint, collègue…) à donner l’attention dont la personne concernée a tant besoin.

Susciter de la pitié ou de l’empathie permet à la personne en question de se sentir entourée, protégée, et sera en demande constante de preuve d’amour.

Dans la vraie vie…

Laurie

Présentation

Si Valérie souffre de ce syndrome d’abandon depuis son enfance, Laurie a découvert ce concept une fois adulte.

Valérie, la quarantaine, a eu une enfance heureuse. Le seul point d’ombre ? La séparation de ses parents.

Elle n’a que 5 ans lorsque ses parents prennent la décision de divorcer. Elle vivra avec sa maman la semaine, et un week-end sur deux elle rendra visite à son papa.

Etre séparée de son papa dont elle se sentait pourtant proche crée en elle un sentiment d’abandon. Ce choix, qui résulte de situations professionnelles différentes, est incompris par la fillette.

Laurie, quant à elle, grandit entourée de frères et soeurs et de parents très unis. Elle est la cadette d’une famille nombreuse, choyée et admirée.

C’est à l’adolescence qu’elle connaitra ses premières déceptions amoureuses. Sans se douter de l’importance particulière que revêt l’une d’entre elles et qui aura un impact sur toutes les suivantes.

Grandir avec cette peur

Enfant, Laurie est joyeuse et aimante. Démonstrative, elle est généreuse en câlins et en compliments. Elle aime aussi se donner en spectacle. Les applaudissements et les regards, elle adore ça !

C’est une petite fille agile et vive d’esprit.

Valérie est réservée, voire timide. Elle se souvient pourtant à peine de la vie familiale avant le divorce de ses parents. Elle raconte quelques flash, des souvenirs imprécis. Elle se demande même si parfois ses rêves ne se sont pas mêlés à la réalité pour devenir souvenir.

Et pourtant, déjà dès l’enfance, elle craint le regard des autres et de les décevoir, sans réellement pouvoir l’exprimer à cet âge et sans en connaitre les raisons :

« Lorsque j’avais une amie, je faisais de mon mieux pour lui faire plaisir, j’étais généreuse, souriante, toujours attentive à ses besoins. J’avais peur qu’elle me délaisse pour une autre amie, peur de ne pas être à la hauteur ou de décevoir ».

Valérie n’a pas encore conscience qu’elle souffre du syndrome de l’abandon.

A l’adolescence, elle commence à flirter avec des garçons de son âge mais ne parvient pas à faire confiance. Elle n’ose entamer une relation sérieuse de peur d’être rejetée.

« Je ne pensais pas mériter l’amour d’un garçon, je pensais ne pas en être digne. J’avais peur de m’attacher et puis d’être rejetée »

Au même âge, Laurie quant à elle, accorde vite sa confiance aux autres. Trop vite peut-être ?

Elle rencontre son premier petit copain avec qui elle entame une relation de 2 ans. Ses souvenirs de l’époque sont précis. Elle n’avait jamais été déçue, n’avait jamais connu de frustration et avait l’habitude d’être gâtée.

« Je suis la cadette à la maison, j’ai été protégée par mes frères et soeurs, mes parents. Souvent mise en avant et toujours rassurée, consolée, réconfortée »

Alors qu’elle n’a que 17 ans, elle découvre les infidélités de son petit copain. La chute est douloureuse. Laurie ne comprend pas pourquoi il se comporte de cette façon, et se demande ce qu’elle aurait dû faire pour éviter une telle situation.

« J’ai découvert qu’il sortait avec d’autres filles, moi qui ne me doutais de rien, très naïve à l’époque. Je me suis sentie trahie mais surtout honteuse, mauvaise, moins bien que les autres, pas à la hauteur »

Alors que Valérie, ayant manqué de l’affection de son papa, se méfie désormais de tous, Laurie, au contraire, après avoir été profondément déçue, s’attachera davantage aux autres. Un attachement qui devient douloureux et obsessionnel.

Elle est en constante demande d’être à nouveau rassurée, alors qu’elle n’est plus enfant. Elle enchainera les relations compliquées, devenant possessive et jalouse.

Il lui est pourtant difficile de comprendre d’où vient cette souffrance qu’elle exprime par beaucoup de pleurs, de colère aussi parfois et d’angoisse d’être à nouveau rejetée. Ces sentiments négatifs entachent chacune de ses relations.

Alors que son souhait est d’être aimée, elle provoque le contraire par ses comportements excessifs.

« A l’époque, et durant plusieurs années, je ne comprenais pas pourquoi je ne parvenais pas à construire une relation. Je voulais tellement être aimée, mais j’avais si peur qu’on me délaisse que je me comportais aux antipodes de ce que j’aurais dû montrer à mon partenaire »

Le passage de l’adolescence, la construction de sa propre estime et de son image, la création de vraies relations, l’entrée dans l’âge adulte, est une période très compliquée pour toutes les deux.

 

Prise de conscience

Laurie qui ne parvient pas à construire une relation, souffre de ses échecs amoureux. Elle en devient boulimique durant plusieurs mois.

« Toutes mes amies étaient en couple, j’étais la seule qui ne parvenait pas à se fixer. Et je donnais l’impression de papillonner alors que je voulais juste trouver l’amour avec un grand A »

Elle entame alors une thérapie, ayant parfois elle-même l’impression d’hésiter, de ne pas pouvoir prendre de réelle décision.

« Malgré mon désir de couple, j’avais la sensation de tout faire pour être exécrable avec mon copain. Sans être pour autant capable de mettre un terme à la relation. Une fois que lui prenait la décision de rompre, j’étais anéantie et la boulimie revenait au galop »

La psychologue met le doigt sur cette première relation amoureuse lorsqu’elle n’avait que 17 ans, amourette d’ado serions-nous tentés de dire. Et pourtant…

Laurie se remémore avec émotion cette première rupture.

« A l’époque, j’ai beaucoup souffert, mais je n’ai pas estimé nécessaire de me confier ni à mes soeurs ni à mes amies. J’avais honte d’avoir été trompée de la sorte. Et je n’ai pas imaginé que cette rupture aurait des conséquences sur mon amour propre et mes relations futures »

Valérie, à l’inverse, ne rencontre que peu de gens. Ni en amitié, ni en amour, elle ne parvient à tisser de lien.

« Je me sentais seule mais paradoxalement, j’avais peur d’entretenir de vraies relations. Je craignais de décevoir, qu’on me délaisse ensuite, et que je me retrouve à nouveau seule, encore plus seule »

Après l’université, elle rencontre celui qui deviendra son mari. Elle n’est pas démonstrative, il en souffre. Mais le jeune couple se marie et malgré le peu d’affection dont Valérie fait preuve, son époux essaie de la comprendre.

« Johan est demandeur de câlins, des baisers… Et moi, je suis froide, de marbre. Incapable de mettre ma main sur la sienne, de poser ma tête sur son épaule. Je me tiens droite à côté de lui »

A la naissance de leur premier enfant, Valérie est submergée d’émotions. Elle devient une maman poule, sur-protectrice, à tel point que son mari trouve difficilement sa place en tant que papa.

La remise en question en tant que maman est difficile. Et pourtant, Valérie s’y colle, consciente que le bien être de sa famille en dépend. En creusant au plus profond d’elle même, à l’aide de Johan, de sa famille, de ses amis, elle met le doigt sur ce mal qui la ronge : la peur de l’abandon.

« J’ai compris, petit à petit, d’où venait mon manque de confiance en moi mais surtout en l’Autre, et ce sentiment d’appartenance lorsque je suis devenue maman. Comme si lui, mon fils, ne pourrait jamais me quitter. Et que donc, avec lui seulement, je peux exprimer pleinement mon amour, mon affection »

Et après ?

Valérie met chaque jour en place une petite astuce pour se débarrasser de cette angoisse.

Elle sait qu’elle doit apprendre à se séparer sereinement de son fils et de son mari.

Quitter l’autre ne veut pas dire l’abandonner. Il est possible de quitter l’autre pour travailler, pour aller à l’école ou pour faire une activité séparément. Sans pour autant penser à l’abandon. Valérie le comprend un peu plus chaque jour.

« Je dois comprendre que je peux donner de l’affection à mon mari, qu’il ne va pas la prendre, la piétiner et puis partir. Il me respecte mais je n’en ai pas toujours conscience. Ma plus grande crainte ? Le jour où mon fils partira du foyer familial. J’espère être guérie de cette angoisse bien avant cela, pour vivre cette étape aussi sereinement que possible »

La chance d’être accompagnée d’un homme aimant est aussi un grand soutien. Valérie l’estime pleinement.

Elle trouve également du réconfort grâce à la sophrologie.

Laurie quant à elle, vit en couple, et doit apprendre au quotidien à gérer ses angoisses : jalousie, possessivité, peur d’être délaissée ou trompée.

« Ce syndrome est plus fort qu’on ne croit. Il semble facile pour certaines personnes de classer leur rupture dans le dossier « Passé ». Pour moi, ce passé me fait peur et m’angoisse encore actuellement. Je redoute d’être à nouveau blessée sans comprendre pourquoi »

Epaulée par sa thérapeute, Laurie réinvente son histoire pour se l’approprier, apprend à se pardonner et à s’accepter.

Elle prend conscience petit à petit, qu’être parfaite n’est pas nécessaire pour être aimée. Et que son bonheur, elle le construit elle-même, sans laisser les autres en décider.

Merci !

Je remercie Laurie et Valérie pour leur confiance et leur témoignage.

Récolter leur parole m’émeut beaucoup, avec du respect pour leur histoire et leur parcours.

Elles forcent mon admiration par leur résilience et leur remise en question.

En psychanalyse, on parle du syndrome de l’abandon ou d’abandonnisme.

En avez-vous déjà entendu parler ?

Il s’agit d’un état psychologique de sentiment d’insécurité permanente lié à une peur irrationnelle d’être abandonné.

De façon plus large, on peut aussi parler de l’angoisse de l’abandon mais aussi de l’angoisse de perte d’un objet, tel que le définit Sigmund Freud.

DéfinitioN

Selon Freud, le nourrisson n’est pas en mesure de faire la différence entre absence temporaire ou perte durable de l’objet.

René Spitz a été l’un des premiers à théoriser ce type d’angoisse, à partir de l’observation d’enfants ayant été séparés précocement de leur mère et qui développaient ce qu’il appelait une dépression anaclitique (détresse chez l’enfant qui a déjà connu un lien d’attachement (entre 6 et 12 mois) et qui, lorsqu’il est séparé de sa mère, connaît une dépression).

Dans notre société actuelle

Outre les théories de Freud et autres psychanalystes, penchons-nous sur cette angoisse au sein de la société actuelle.

Il s’agit principalement d’un sentiment d’insécurité permanent qui résulte d’un traumatisme (même minime) survenu dans l’enfance ou à tout autre moment de la vie d’une personne.

Le bébé ou l’enfant, ou encore l’adolescent ou l’adulte, vit une situation où il se sent abandonné. Freud fait le lien avec la mère. Les psychologues aujourd’hui s’accordent pour confirmer que l’acte d’abandon peut être posé par les parents mais aussi par un ami, un collègue, …

Cette angoisse d’abandon peut donc impacter toute relation amoureuse, mais aussi toute relation affectueuse, fraternelle ou encore professionnelle.

Conséquences au quotidien

Peur de la solitude

Ceux et celles qui souffrent de ce type de syndrome redoutent la solitude.

Etre seul crée une forte anxiété pouvant mener à des crises d’angoisses (pleurs, tremblements, discours incohérents, sueurs, bouffées de chaleur et forte anxiété…).

Pour pallier cette angoisse, certains sombrent dans l’alcool ou trouvent refuge dans la nourriture. Ces compensations leurs donnent la sensation de combler un manque affectif.

Des relations difficiles

Ce syndrome peut compliquer les relations des personnes qui en souffrent, voire même les rendre toxiques.

Cette peur de l’abandon crée un déséquilibre au sein de toute relation, qu’elle soit amoureuse, familiale, affectueuse, professionnelle… La personne souffrant de cette peur ne peut envisager sa vie sans l’autre, parfois jusqu’à ne plus pouvoir se passer de l’avis ou du consentement de l’autre.

Cette personne craint de souffrir en étant abandonnée et doit donc prouver chaque jour qu’elle est digne d’être estimée et aimée. Ses efforts iront toujours plus loin jusqu’à frôler la perfection.

Cette perfection étant (trop) lourde à assumer dans le temps, elle crée à son tour un sentiment de déception de soi, d’insuffisance, déjà trop ancré.

Ceux et celles qui souffrent de ce syndrome sont alors des proies faciles pour les manipulateurs.

Syndromes hypocondriaques

L’hypocondrie est un moyen inconscient pour obliger l’autre (ami, famille, conjoint, collègue…) à donner l’attention dont la personne concernée a tant besoin.

Susciter de la pitié ou de l’empathie permet à la personne en question de se sentir entourée, protégée, et sera en demande constante de preuve d’amour.

Dans la vraie vie…

Laurie

Présentation

Si Valérie souffre de ce syndrome d’abandon depuis son enfance, Laurie a découvert ce concept une fois adulte.

Valérie, la quarantaine, a eu une enfance heureuse. Le seul point d’ombre ? La séparation de ses parents.

Elle n’a que 5 ans lorsque ses parents prennent la décision de divorcer. Elle vivra avec sa maman la semaine, et un week-end sur deux elle rendra visite à son papa.

Etre séparée de son papa dont elle se sentait pourtant proche crée en elle un sentiment d’abandon. Ce choix, qui résulte de situations professionnelles différentes, est incompris par la fillette.

Laurie, quant à elle, grandit entourée de frères et soeurs et de parents très unis. Elle est la cadette d’une famille nombreuse, choyée et admirée.

C’est à l’adolescence qu’elle connaitra ses premières déceptions amoureuses. Sans se douter de l’importance particulière que revêt l’une d’entre elles et qui aura un impact sur toutes les suivantes.

Grandir avec cette peur

Enfant, Laurie est joyeuse et aimante. Démonstrative, elle est généreuse en câlins et en compliments. Elle aime aussi se donner en spectacle. Les applaudissements et les regards, elle adore ça !

C’est une petite fille agile et vive d’esprit.

Valérie est réservée, voire timide. Elle se souvient pourtant à peine de la vie familiale avant le divorce de ses parents. Elle raconte quelques flash, des souvenirs imprécis. Elle se demande même si parfois ses rêves ne se sont pas mêlés à la réalité pour devenir souvenir.

Et pourtant, déjà dès l’enfance, elle craint le regard des autres et de les décevoir, sans réellement pouvoir l’exprimer à cet âge et sans en connaitre les raisons.

« Lorsque j’avais une amie, je faisais de mon mieux pour lui faire plaisir, j’étais généreuse, souriante, toujours attentive à ses besoins. J’avais peur qu’elle me délaisse pour une autre amie, peur de ne pas être à la hauteur ou de décevoir ».

Valérie n’a pas encore conscience qu’elle souffre du syndrome de l’abandon.

A l’adolescence, elle commence à flirter avec des garçons de son âge mais ne parvient pas à faire confiance. Elle n’ose entamer une relation sérieuse de peur d’être rejetée.

« Je ne pensais pas mériter l’amour d’un garçon, je pensais ne pas en être digne. J’avais peur de m’attacher et puis d’être rejetée »

Au même âge, Laurie quant à elle, accorde vite sa confiance aux autres. Trop vite peut-être ?

Elle rencontre son premier petit copain avec qui elle entame une relation de 2 ans. Ses souvenirs de l’époque sont précis. Elle n’avait jamais été déçue, n’avait jamais connu de frustration et avait l’habitude d’être gâtée.

« Je suis la cadette à la maison, j’ai été protégée par mes frères et soeurs, mes parents. Souvent mise en avant et toujours rassurée, consolée, réconfortée »

Alors qu’elle n’a que 17 ans, elle découvre les infidélités de son petit copain. La chute est douloureuse. Laurie ne comprend pas pourquoi il se comporte de cette façon, et se demande ce qu’elle aurait dû faire pour éviter une telle situation.

« J’ai découvert qu’il sortait avec d’autres filles, moi qui ne me doutais de rien, très naïve à l’époque. Je me suis sentie trahie mais surtout honteuse, mauvaise, moins bien que les autres, pas à la hauteur »

Alors que Valérie, ayant manqué de l’affection de son papa, se méfie désormais de tous, Laurie, au contraire, après avoir été profondément déçue, s’attachera davantage aux autres. Un attachement qui devient douloureux et obsessionnel.

Elle est en constante demande d’être à nouveau rassurée, alors qu’elle n’est plus enfant. Elle enchainera les relations compliquées, devenant possessive et jalouse.

Il lui est pourtant difficile de comprendre d’où vient cette souffrance qu’elle exprime par beaucoup de pleurs, de colère aussi parfois et d’angoisse d’être à nouveau rejetée. Ces sentiments négatifs entachent chacune de ses relations.

Alors que son souhait est d’être aimée, elle provoque le contraire par ses comportements excessifs.

« A l’époque, et durant plusieurs années, je ne comprenais pas pourquoi je ne parvenais pas à construire une relation. Je voulais tellement être aimée, mais j’avais si peur qu’on me délaisse que je me comportais aux antipodes de ce que j’aurais dû montrer à mon partenaire »

Le passage de l’adolescence, la construction de sa propre estime et de son image, la création de vraies relations, l’entrée dans l’âge adulte, est une période très compliquée pour toutes les deux.

Prise de conscience

Laurie qui ne parvient pas à construire une relation, souffre de ses échecs amoureux. Elle en devient boulimique durant plusieurs mois.

« Toutes mes amies étaient en couple, j’étais la seule qui ne parvenait pas à se fixer. Et je donnais l’impression de papillonner alors que je voulais juste trouver l’amour avec un grand A »

Elle entame alors une thérapie, ayant parfois elle-même l’impression d’hésiter, de ne pas pouvoir prendre de réelle décision.

« Malgré mon désir de couple, j’avais la sensation de tout faire pour être exécrable avec mon copain. Sans être pour autant capable de mettre un terme à la relation. Une fois que lui prenait la décision de rompre, j’étais anéantie et la boulimie revenait au galop »

La psychologue met le doigt sur cette première relation amoureuse lorsqu’elle n’avait que 17 ans, amourette d’ado serions-nous tentés de dire. Et pourtant…

Laurie se remémore avec émotion cette première rupture.

« A l’époque, j’ai beaucoup souffert, mais je n’ai pas estimé nécessaire de me confier ni à mes soeurs ni à mes amies. J’avais honte d’avoir été trompée de la sorte. Et je n’ai pas imaginé que cette rupture aurait des conséquences sur mon amour propre et mes relations futures »

Valérie, à l’inverse, ne rencontre que peu de gens. Ni en amitié, ni en amour, elle ne parvient à tisser de lien.

« Je me sentais seule mais paradoxalement, j’avais peur d’entretenir de vraies relations. Je craignais de décevoir, qu’on me délaisse ensuite, et que je me retrouve à nouveau seule, encore plus seule »

Après l’université, elle rencontre celui qui deviendra son mari. Elle n’est pas démonstrative, il en souffre. Mais le jeune couple se marie et malgré le peu d’affection dont Valérie fait preuve, son époux essaie de la comprendre.

« Johan est demandeur de câlins, des baisers… Et moi, je suis froide, de marbre. Incapable de mettre ma main sur la sienne, de poser ma tête sur son épaule. Je me tiens droite à côté de lui »

A la naissance de leur premier enfant, Valérie est submergée d’émotions. Elle devient une maman poule, sur-protectrice, à tel point que son mari trouve difficilement sa place en tant que papa.

La remise en question en tant que maman est difficile. Et pourtant, Valérie s’y colle, consciente que le bien être de sa famille en dépend. En creusant au plus profond d’elle même, à l’aide de Johan, de sa famille, de ses amis, elle met le doigt sur ce mal qui la ronge : la peur de l’abandon.

« J’ai compris, petit à petit, d’où venait mon manque de confiance en moi mais surtout en l’Autre, et ce sentiment d’appartenance lorsque je suis devenue maman. Comme si lui, mon fils, ne pourrait jamais me quitter. Et que donc, avec lui seulement, je peux exprimer pleinement mon amour, mon affection »

Et après ?

Valérie met chaque jour en place une petite astuce pour se débarrasser de cette angoisse.

Elle sait qu’elle doit apprendre à se séparer sereinement de son fils et de son mari.

Quitter l’autre ne veut pas dire l’abandonner. Il est possible de quitter l’autre pour travailler, pour aller à l’école ou pour faire une activité séparément. Sans pour autant penser à l’abandon. Valérie le comprend un peu plus chaque jour.

« Je dois comprendre que je peux donner de l’affection à mon mari, qu’il ne va pas la prendre, la piétiner et puis partir. Il me respecte mais je n’en ai pas toujours conscience. Ma plus grande crainte ? Le jour où mon fils partira du foyer familial. J’espère être guérie de cette angoisse bien avant cela, pour vivre cette étape aussi sereinement que possible »

La chance d’être accompagnée d’un homme aimant est aussi un grand soutien. Valérie l’estime pleinement.

Elle trouve également du réconfort grâce à la sophrologie.

Laurie quant à elle, vit en couple, et doit apprendre au quotidien à gérer ses angoisses : jalousie, possessivité, peur d’être délaissée ou trompée.

« Ce syndrome est plus fort qu’on ne croit. Il semble facile pour certaines personnes de classer leur rupture dans le dossier « Passé ». Pour moi, ce passé me fait peur et m’angoisse encore actuellement. Je redoute d’être à nouveau blessée sans comprendre pourquoi »

Epaulée par sa thérapeute, Laurie réinvente son histoire pour se l’approprier, apprend à se pardonner et à s’accepter.

Elle prend conscience petit à petit, qu’être parfaite n’est pas nécessaire pour être aimée. Et que son bonheur, elle le construit elle-même, sans laisser les autres en décider.

Merci !

Je remercie Laurie et Valérie pour leur confiance et leur témoignage.

Récolter leur parole m’émeut beaucoup, avec du respect pour leur histoire et leur parcours.

Elles forcent mon admiration par leur résilience et leur remise en question.

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La gazelle
1 mois il y a

encore une fois un superbe texte très bien rédigé et très touchant … Tu as su exactement trouver les mots pour expliquer au lecteur ce syndrome et le parcours de ces 2 femmes … ????

Aurélie
1 mois il y a

Bravo à ces deux jeunes femmes pour leur courage. Ce syndrome est très répandu mais malheureusement mal connu et mal « soigné ». Les personnes qui en souffrent ont honte et n’osent se confier. Pourtant il peut avoir des conséquences grave et sur long terme ! Merci d’aborder le sujet

1 mois il y a

Comme d’habitude, ce fut des témoignages intéressants et instructifs ! Mais malheureusement, je me reconnais un peu… Il faut que je médite là-dessus ^^’

1 mois il y a

Tu captures la nature humaine avec beaucoup de sensibilité. Merci encore pour cette lecture.

Laurie
1 mois il y a

Oooh ! Merci Audrey pour ce bel article ! Je suis émue de le lire comme si je lisais les émotions de qqun d’autre. Merci pour ta bienveillance. Merci à toi pour ton temps et de vouloir mettre en avant tout ce positif malgré le négatif, transmettre autant d’espoir, croire en l’Humain comme tu le fais. Au plaisir d’échanger à nouveau avec toi!

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